Wendel

 

Wendel

par Victor Lamarre, analyste chez EuroLand Corporate

Wendel, du blason industriel à la plateforme d'asset management

Wendel coche aujourd'hui une case rare sur la place parisienne : celle d'une holding tricentenaire en pleine mue vers un modèle d'asset manager alternatif, avec une décote sur ANR de 50,8% qui apparaît excessive au regard du nouveau profil du groupe. Depuis 2023, le groupe a enchaîné trois acquisitions structurantes (IK Partners, Monroe Capital, Committed Advisors) pour bâtir une plateforme de gestion pour compte de tiers qui pèse désormais près de 50 Mds€ pro forma. Le marché n'a pas encore digéré le changement de nature : la décote reste sensiblement au-dessus de la moyenne de notre peer group à 39%, alors même que le modèle s'éloigne progressivement de la logique patrimoniale pure pour s'arrimer à des revenus récurrents, mieux valorisés.


Un moteur de croissance désormais double

Wendel s'organise autour de deux jambes complémentaires. D'un côté, Wendel Principal Investments (WPI), l'activité historique d'investissement sur bilan, qui regroupe 5,5 Mds€ d'actifs bruts avec Bureau Veritas en pivot (15% détenus en propre, soit 1,7 Mds€). De l'autre, Wendel Investment Managers (WIM), la nouvelle plateforme de gestion qui adresse plus de 1 100 clients institutionnels avec 90% de non-recouvrement entre les trois sociétés de gestion, ouvrant un potentiel important de cross-sell. Sur 2025, WIM a généré 349 M€ de management fees et 160M€ de FRE en année pleine pro forma. La trajectoire visée par le groupe est claire : 15% de croissance organique annuelle des FRE jusqu'en 2030, portée à 20% en consolidé avec la montée progressive dans les minoritaires d'IK et Monroe. À ce socle s'ajouteront environ 300 M€ de carried interest à horizon de cycle, Wendel captant 20% du carry des nouveaux millésimes.


Une décote qui ne reflète pas le nouveau profil

À 50,8% au 31 mars 2026, la décote sur ANR de Wendel reste nettement supérieure à la moyenne sectorielle (39% hors effets techniques). Cet écart traduit une prime de complexité : ANR composite mêlant actifs cotés, non cotés et désormais activités de gestion, architecture juridique multilayer, historique d'ANR jugé volatil. Mais le précédent de l'IDI, dont la décote s'est contractée de 45% en 2022 à 20% en 2025 après le rapprochement avec Omnes et des sorties à multiples élevés, montre que le marché sait sanctionner positivement ces virages quand la lisibilité s'installe. Le peer group des asset managers cotés (Blackstone, KKR, EQT, Partners Group, ICG) se traite sur des multiples de FRE compris entre 12x et 25x, là où les holdings classiques restent valorisées en décote de leur ANR. Avec un bilan solide (LTV pro forma de 7,8 %, très en dessous du seuil de confort de 20 % des agences), un dividende en hausse de 8,5 % à 5,10 € par action et un programme de rachat représentant 9 % du capital, Wendel coche les cases d’une histoire de re‑rating crédible à mesure que la plateforme de gestion d’actifs privés gagne en taille et en lisibilité. À horizon 2030, le groupe anticipe 1,6 Md€ de retour à l’actionnaire, soit plus de 35 € par action.

Commentaires

Articles les plus consultés