Articles les plus consultés

dimanche 1 mars 2026

Il y a 30 ans, la naissance de Novartis transformait Bâle

 

Il y a 30 ans, la naissance de Novartis transformait Bâle

3 min de lecture

Bâle (awp/ats) - Le 7 mars 1996 marque un tournant pour Bâle. Les groupes Sandoz et Ciba-Geigy annoncent leur fusion, donnant naissance à Novartis. Inédite par son ampleur en Suisse, l'opération s'accompagne de quelque 12'000 suppressions d'emplois dans le monde.

Hans Schäppi, alors vice-président du syndicat GBI, se souvient encore de cette journée décisive pour la place économique bâloise. À 6 heures du matin, le directeur des ressources humaines de Ciba-Geigy l'appelle personnellement. Environ quatre heures plus tard, une conférence de presse est organisée à l'aéroport pour officialiser la fusion. "Il est étonnant qu'ils aient pu garder ce projet secret aussi longtemps", a déclaré M. Schäppi à l'agence de presse Keystone-ATS.

Devant les médias, les présidents des conseils d'administration Alex Krauer et Marc Moret annoncent la naissance du nouveau groupe. Daniel Vasella, alors âgé de 42 ans, se présente comme président de la direction. Novartis, explique-t-il, se concentrera sur la santé, l'alimentation et l'agriculture et deviendra le deuxième groupe pharmaceutique mondial.

Suppressions d'emplois et mobilisation

La nouvelle direction annonce une réduction de 10% des effectifs dans le monde. Avant leur union, Ciba et Sandoz employaient ensemble plus de 144'000 personnes. En Suisse, environ 3000 postes sont concernés. Les syndicats déploient une banderole lors de la conférence de presse pour protester contre les suppressions d'emplois. "Tout ira bien", leur aurait alors répondu Vasella, se souvient M. Schäppi.

Les organisations syndicales élaborent un plan visant à limiter les licenciements autant que possible. Au final, 140 suppressions de postes seront enregistrées en Suisse. Avec le recul, la fusion a moins inquiété les syndicats qu'ils ne le redoutaient. En revanche, les nombreuses externalisations qui ont suivi ont représenté un défi bien plus important.

De la chimie aux sciences de la vie

Hans-Peter Platz, alors rédacteur en chef de la Basler Zeitung, estimait dès le lendemain de la fusion que "le départ de Bâle, ville de la chimie, amorcé depuis longtemps, était désormais définitif". Au lieu de ça, la cité rhénane allait devenir une ville pharmaceutique.

Le pronostic s'est vérifié. En trois décennies, l'ancienne ville industrielle s'est muée en un pôle des sciences de la vie. "Des laboratoires à la place des usines, les sciences à la place de l'industrie, la biotechnologie à la place de la chimie", résume "l'Histoire de la ville de Bâle", publiée en 2025.

Des craintes politiques dissipées

A l'époque toutefois, le choc des suppressions d'emplois ébranle profondément le monde politique. Le groupe socialiste au parlement invite des représentants de Volkswagen à Bâle afin d'échanger sur la gestion des licenciements collectifs et les conséquences d'une restructuration d'ampleur.

Avec le recul, les craintes se sont révélées excessives. "Les dommages maximaux redoutés à l'époque ne se sont en aucun cas produits", relève Rudolf Rechsteiner, alors conseiller national (PS), dans une rétrospective accordée à Keystone-ATS.

Il cite notamment le fonds de la chimie bâloise destiné aux start-up des sciences de la vie, qui a permis à de jeunes entreprises pharmaceutiques - ou actives dans leur environnement - de se développer. "La région bâloise s'est remarquablement développée sur le plan économique, peut-être même grâce à cette fusion. Il n'y a pas eu de déclin", poursuit-il.

Au moment de l'annonce, beaucoup redoutaient pourtant un "scénario de déclin". Les finances de Bâle-Ville étaient alors déficitaires. "C'est l'inverse qui s'est produit", conclut M. Rechsteiner.

https://visual.keystone-sda.ch/lightbox/-/lightbox/page/1880859/1

Aucun commentaire: